Le premier jour, je dis « bonjour », j’connais personne
Je fais le tour, on me présente et on m’assomme
De l’histoire de la société, des noms des gens que j’vais croiser,
Et puis de tout ce que j’aurai à effectuer.
Le deuxièm’ jour, je dis « bonjour », j’connais les têtes
Mais les prénoms sont encore flous il faut l’admettre
Je fais des faut’s, on m’les corrige et on m’explique
Comment il faut s’y prendre, côté technique
Le troisièm’ jour, je dis « bonjour », quelques prénoms
Commencent à rentrer mais je marche à tâtons,
On est toujours à m’expliquer les divers’s tâches,
Je prends des not’s sur un cahier, ça reste vaste.
Le quatrièm’, je dis « bonjour » de bonne humeur,
Tout se pass’ bien, je continue au gré des heures
A intégrer les renseignements qu’on me donne,
Voilà, je gère presque tout et je m’étonne.
Le cinquièm’ jour, je dis « bonjour » un’ dernière fois
A celle qui part en vacances ce soir-là,
Je gère standard, courrier, coups d’bourre comme il le faut
Elle s’en ira tranquille en laissant le flambeau.
Lundi suivant, j’ai un peu peur, il faut l’admettre,
Vais-je y’arriver ? La boule au ventre, il faut s’y mettre.
La journée passe, sans problème à l’horizon,
Je gère simplement les chos’s à ma façon.
Au fil des jours j’ai retenu tout le p’tit monde,
J’suis intégrée, il se peut mêm’ que je réponde
Au supérieur qu’a un caractèr’ un peu vache
Qui s’amuse à râler à chaque occas’
Et peu à peu, je m’attache aux défauts d’chacun
Je gère mon travail et je me sens bien.
Je commence même à rigoler parfois
Au téléphone face à ceux qui m’connaiss’nt pas.
Tous les midis je mange avec l’un des collègues
On s’conte nos vies, on s’parl’ de tout, bref je m’intègre,
Au bord du lac qu’est pas bien loin, nature tranquille,
Le p’tit sandwich du midi, plaisir futile.
Mais un matin, la vacancière est de retour.
Je l’avais presque oubliée, et c’est toujours
Lorsqu’on n’a plus envie d’partir qu’il faut rentrer
Mêm’ si on a du plaisir à la retrouver.
Le dernier jour, on dit « au r’voir » une dernièr’ fois
En leur disant que sans doute on se reverra
Qu’on se donnera des nouvell’s régulièr’ment,
En se souhaitant tout le meilleur, réciproqu’ment.
Et une fois que c’est fini, la boule au ventre,
Me voilà repartie, il faut bien que je rentre…
Je laisse encore derrière moi une maison,
Des liens, des vies, des documents avec mon nom.
(6 septembre 2007)
Message subliminale : prenez-moi en CDI Messieurs les employeurs !
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