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Henri Grouès, ou l'Abbé Pierre

Tu es né au mois d'août de l'an mil neuf-cent douze
Dans ta famille bourgeoise de huit enfants.
On t'élève et on t'aime, doucement tu découvres
La vie sur notre Terre où tout n'est pas tout blanc.

Depuis ton enfance, tu connaissais ta vie :
Toujours tu lutterais contre la pauvreté.
A dix-huit ans déjà tu distribuais
Les biens que tu avais aux gens plus démunis.

Pourtant tu aurais pu rester dans de la soie,
Dans ta famille aisée, à ne voir l'extérieur,
Mais tu faisais partie de ceux qui n'ferment pas
Les yeux sur ceux qui vivent le plus grand malheur.

Pendant l'Occupation, tu fus un Résistant,
Possible qu'un jour tu aies croisé mon grand-père
Au milieu du maquis, luttant contr' les all'mands
Ou bien en Algérie, vers la fin de la guerre...

La politique n'était pas ta meilleure arme
Aussi tu tenteras juste quelques années
Avant de tirer une sonnette d'alarme,
Transformant en auberge un' maison délabrée.

C'est ici qu'Emmaüs a enfin vu le jour ;
Ainsi les chiffoniers se donneront la main
En tentant d'avancer comme les troubadours
Pour pouvoir assurer de meilleurs lendemains.

En hiver cinquant'-quatre, une fillette meurt
Dans un grand bidonville de Neuilly-Plaisance
Tu invites un ministre à voir cette souffrance
Il y verra lui-même l'ampleur du malheur

Le premier février, une femme décède
A soixante ans à peine, après son expulsion,
Boul'vard Sébastopol, il fait froid et il gèle
L'hypothermie sera son dernier compagnon.

Tu lanceras alors un appel au secours
Aux gens qui ne voient pas ce qui peut arriver
Ce jour ils tiendront compte de ton grand discours :
Ainsi les gagnera la solidarité.

Les années se succèd'nt, se ressemblant pourtant :
De nouveaux pauvres arriv'nt de par le chômage
Les années quatre-vingt, on va en distribuant
La soupe populaire aux pauvres de tous âges.

Tu donneras aussi la main aux immigrés,
Aux sans-papiers voulant régularisation,
En te joignant au jeûne de ces "déboutés
Du droit d'asile" ainsi qu'aux autres exclusions.

Les français t'ont élu quinze années de suite
Leur français préféré, contre quarante-neuf autres
Mais tu préfèreras laisser ta place ensuite
A la jeunesse arrivant, cédant ta place aux autres

Non, on ne t'a pas vu lorsque les tentes étaient
Cet hiver alignées le long de tous les quais,
Mais d'ton lit d'hôpital tu t'en inquiétais bien
En ne te souciant pas de ton propr' lendemain.

T'es parti aujourd'hui avant que le soleil
N'arrive à ta fenêtre, vers cinq heure et d'mi,
J'espère que Saint-Pierre, s'il existe aussi
T'accueille et te réserve un bonheur sans pareil.

22 janvier 2007

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